Le petit bouddhoir du blog (2) : Tamonten et Tobatsu Bishamonten
Le 19 mai, en filmant, je suis tombé sur une très belle statue de Bishamonten, dans un coin un peu isolé à quelque 300 mètres d’un temple Tōkōji (東光寺) de la secte Shingon (真言宗).

Bishamonten, lorsqu’il se trouve à la porte d’un temple avec les trois autres Rois célestes, se nomme Tamonten (多聞天) et joue le rôle de gardien du Nord. Il est le seul de ces quatre divinités à être parfois vénéré tout seul, et c’est dans ce cas précis qu’on l’appelle Bishamonten, qui est par ailleurs une des sept divinités du bonheur (七福神). En tant que Tamonten, comme c’était le cas là où je l’ai pris en photo, il se trouvait effectivement au nord du temple Tōkōji local.

Devant la statue, un écriteau précisait qu’il s’agit d’une variante de Bishamonten, Tobatsu Bishamonten (兜跋毘沙門天), dont l’original fut autrefois reçu de la Chine des Tang par l’intermédiaire du moine Kūkai. Cet original avait été placé à l’étage de la porte Rajōmon, qui n’est autre que la porte éponyme du célèbre film d’Akira Kurosawa : Rashōmon. Cette porte, sans surprise, se trouvait au nord de la capitale Heian-kyō.

Pour revenir à notre Bishamonten, l’écriteau explique comme suit la symbolique des lieux, dont les éléments ont été présentés dans un billet précédent du blog : le muret rectangulaire représente la chaîne de montagnes de fer Tetchisen ( 鉄囲山 ; les sept pierres symbolisent les sept chaînes de montagnes d’or (Shichikonsen, 七金山) ; le lit de petites pierres blanches évoque les huit mers d’eau parfumée ; et les quatre paliers qui mènent à la divinité correspondent au flanc du mont Sumeru (須弥山).

Tandis que le roi Tamonten, comme les trois autres Rois célestes, écrase un ou deux jaki (邪鬼) sous ses pieds, la divinité Bishamonten se trouve pour sa part soutenue des deux mains par son épouse, la divinité Kichijōten (吉祥天), et par deux petits démons, Niramba (尼藍婆) et Biramba (毘藍婆). Il tient généralement une lance dans la main droite et un stupa dans la main gauche.

Le même jour, j’ai revu Tamonten au temple Fumonji (普門寺) de la secte Tendai (天台宗), à Shimotsuma (下妻市), petite ville relativement bien garnie en temples et sanctuaires, où j’ai repris le train pour retourner à la maison.

La Kannon aux 11 faces entourée des quatre Rois célestes (四天王)
Les quatre Rois célestes y protégeaient le temple et la bodhisattva Kannon à 11 faces (重一面観音菩薩). Les noms des Rois, inscrits sur les piédestaux, étaient pour la plupart cachés par la végétation, aussi fallait-il chercher la statue portant un petit stupa dans une de ses mains. Il y était, brandi dans la main droite cette fois-ci.

À droite, avec son nom caché par les feuilles, le Roi céleste Tamonten.

Tamonten, avec son petit stupa dans le creux de la main. Il contient, dit-on, des dizaines de milliers de textes sacrés, ce qui n’a rien d’étonnant vu son nom : 多聞天, la divinité qui a beaucoup entendu les paroles du Bouddha.

Sous sa forme Tamonten, il piétine un jaki, tout comme les autres Rois célestes.

De l’autre côté de la Kannon, on distingue mieux le jaki sous les pieds du Roi Jikokuten (持国天). Remarquez aussi le socle de feuilles de lotus sous la Kannon, sa couronne de visages et ses vêtements plus élaborés que la simple robe monastique des bouddhas, comme c’est souvent le cas avec les bodhisattvas.
Lorsqu’il se trouve en compagnie des six autres divinités du bonheur, Bishamonten se reconnaît facilement à ceci qu’il est le seul des sept à ne pas afficher un air jovial.

Les sept divinités du bonheur, dans un resto de nouilles de soba à Ishioka.
J’ai parlé à quelques reprises des ( 如来 , la catégorie la plus élevée de la hiérarchie statuaire. À mesure que je poursuis mes lectures sur le sujet, je tombe parfois sur des traductions françaises meilleures que les miennes pour cette hiérarchie, comme celles que l’on trouve sur le site de la splendide collection d’ofuda de Bernard Frank.
- Nyorai, les « Éveillés » : 如来部
- Bosatsu les « Êtres d’Éveil » : 菩薩部
- Myôô, les « Rois de Science » : 明王部
- Ten, les « Divinités » : 天部
- Gongen, les « Manifestations japonaises » : 権現部
- Kôsô soshi, les « Patriarches et moines éminents » : 高僧祖師部
Le nyo de nyorai est synonyme de 真如 , qui signifie « réalité ou vérité absolue », ce qui donne, combiné au kanji 来, la venue de la réalité absolue, cette réalité étant en l’occurrence un être qui (re)vient dans le monde une dernière fois avant d’entrer dans le nirvana, comme le fit Siddhartha Gautama.
On trouve toutefois l’expression « Ainsi venu » pour 如来 dans certains textes, et je me suis demandé, sans jeu de mots, d’où vient cet ainsi. J’ai trouvé la réponse dans un texte du même Bernard Frank, publié dans le tome 1 de l’Histoire des religions, publié sous la direction d’Henri-Charles Puech en 1970.

📝 Billet n° 212
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