Rencontre avec Kōshin-sama
[Auteur : Lord of the Rice]
👉 Sur Kinomap, j’ai remplacé mon pseudo Kotetsu par Lord of the Rice, parce que Kotetsu ne signifie rien pour la plupart des abonnés occidentaux de Kinomap. Et j’ai opté pour Lord of the Rice parce qu’à défaut d’une interminable saga tolkienne, j’ai quand même une assez longue série de balades dans la rizière. 😉

Hier, au retour d’une balade du côté du lac Teganuma et des collines de Shiroi, assis devant l’ordinateur, j’ai regardé de plus près quelques statuettes bouddhistes qui se trouvaient en bordure de la route sur la vidéo. Cette balade était un aller-retour à partir de la maison, et je m’étais dit : « Filmons l’aller à un bon rythme de croisière pour Kinomap (et pour ma santé), et contentons-nous de prendre quelques photos sur le chemin du retour à vitesse de limace ».
J’ai mentionné à quelques reprises que mes vidéos contiennent parfois, voire souvent, des statuettes bouddhiques en bordure du chemin. Il est toutefois facile de les rater, car je filme en mode Wide, ce qui a pour effet de réduire la dimension des objets au profit d’une vue plus panoramique du paysage.
Sur la vidéo, à 28:40, on aperçoit sur la droite une suite de huit stèles bouddhiques, dont la cinquième est à l’effigie de Kōshin-sama (庚申様), qui n’est nul autre, dans l’iconographie bouddhique japonaise, que Shōmen Kongō (青面金剛), qui protège notamment les gens contre les sanshi, ces petits démons importés du taoïsme que nous avons rencontrés dans un billet récent.

Kōshin-sama se reconnaît principalement à ses six bras (même si parfois il peut n’en avoir que deux, mais aussi quatre ou huit, la triple paire étant de loin la combinaison la plus fréquente), au petit démon jaki qu’il écrase sous ses pieds et aux trois singes de la sagesse (qui, respectivement, ne disent pas, n’entendent pas et ne voient pas le mal).

En zoomant un peu plus, on peut voir qu’un des bras a été effacé en bonne partie par le temps, sous la main qui semble tenir le soleil dans sa paume tendue à l’horizontale. Toujours du même côté, un humain (sans doute mal intentionné) pendouille lamentablement, retenu par les cheveux.

Quelques km plus loin, un autre Kōshin-sama, celui-ci encore plus abîmé. Encore une fois, six bras, un petit démon jaki et deux des trois singes, le troisième s’étant complètement détaché sous les assauts des intempéries, tout comme le visage de cette divinité.

La statuaire bouddhique comporte quatre grandes catégories :
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les bouddhas ( 如来 en japonais), qui se reconnaissent au port de la sobre robe de moine ;
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les bodhisattvas ( 菩薩 en japonais), qui portent souvent le kesa des moines, et **parfois une couronne et/ou un collier **;
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les rois de sagesse ou de clarté ( 明王 en japonais), aux visages courroucés, dont la clarté consiste en la connaissance, ésotérique, des mantras du bouddhisme tantrique ; ils ont pour mission de convertir les incroyants en leur donnant la frousse ;
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Et finalement les êtres divins que l’on appelle « deva » (le terme vient du sanscrit et se dit 天 en japonais), et dont le rôle consiste à protéger la doctrine et ses pratiquants. Il n’est donc pas étonnant, pour le cyclise, de les croiser sur la route à l’approche des anciens hameaux et villages (aujourd’hui presque tous fusionnés aux villes).
On dit souvent aux touristes étrangers que s’ils se demandent, en regardant une montagne, s’il s’agit ou non du mont Fuji, c’est que ce n’est sûrement pas le mont Fuji. De la même façon, on pourrait dire que si une statue ne vous semble être ni un bouddha, ni un bodhissatva ni un roi de sagesse, il y a de fortes chances que ce soit un deva, comme notre Kōshin-sama.
📝 Billet n° 207
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