Les rakan d’Inashiki
Hier, je suis allé rouler jusqu’à la ville d’Inashiki (稲敷市), dans la préfecture d’Ibaraki. Destination le temple Zuishōin (瑞祥院), un des trois qui portent ce nom au Japon. Il appartient à la secte (branche) du bouddhisme zen Rinzai ( 臨済宗 ).
Ce temple se trouve à une cinquantaine de kilomètres de la maison, et j’y suis allé parce qu’on y trouve des statues de ce qu’on appelle les 500 rakan (五百羅漢). Ce sont des arhats, des disciples du bouddha. L’expression désigne tout aussi bien les disciples eux-mêmes que leurs statues et statuettes.
J’en ai présenté une joyeuse bande en 2023, dans le quatrième billet de La grande traversée.
Ceux du temple Zuishōin sont de toute évidence plus anciens, comme le montrent les lichens crustacés blancs qui recouvrent un grand nombre des statues, sans compter les visages effacés par le temps, lorsque ce n’est pas carrément la tête qui s’est détachée (peut-être sous l’effet du séisme de 2011).
Le diaporama qui suit montre les photos dans l’ordre où je les ai prises : arrivée devant le temple, traversée rapide du cimetière, puis rencontre avec deux premiers rakan en arrivant au pied de la colline qui se trouve derrière, recouverte de bambous. C’est au haut de cette colline que se trouvent presque toutes les statues. J’en ai photographié un grand nombre, mais pas toutes, car comme chantait autrefois Yves Montand :
Planter café
C’est pas pour les gens fragiles
Y a qu’à s’baisser
Mais c’est ça qui est difficile
Même chose pour photographier les rakan, au bout d’une centaine de squats, le photographe commence à se lasser…
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📝 Billet n° 205
Commentaires
Moutarde perplexe
Sur les photos la plupart des rakan portent la coiffe et le bavoir des jizō, le même maillot pour ainsi dire. Du coup, on peut en conclure qu’ils jouent dans la même équipe ? Je veux dire : qu’un rakan est aussi un jizō ?
Béni
Belle observation. Je pense qu’il faut faire la distinction entre ce que disent les textes et les théoriciens du bouddhisme, et ce qu’en font les branches du bouddhisme et, surtout, le peuple, autrement on s’y perd dans les contradictions. Pris dans son ensemble, si j’en crois ce que j’en ai lu jusqu’ici (et qui n’est vraiment pas grand-chose, ceci dit), le bouddhisme est une véritable fourmilière d’incohérences.
Pour répondre plus précisément à ta question, les rakan sont (étaient) en principe des fidèles de Siddhārtha Gautama. Les jizō, eux, sont des bodhisattva qui choisissent de ne pas devenir bouddha et se donnent pour mission de soulager la souffrance des gens ici-bas jusqu’à la venue du prochain bouddha, Maitreya (dans d’autres versions, on dit qu’ils ne franchiront le dernier pas vers l’état de bouddha qu’une fois l’enfer vidé de tous les êtres qui y souffrent). Au Japon, on dit souvent que les jizô sont des divinités protectrices des enfants (d’où la coiffe et le bavoir pour s’attirer leurs faveurs), mais c’est une définition un peu limitée du terme.
Pour les rakan aussi, la définition peut être élastique. Je ne sais pas si cette vidéo peut être visionnée de l’extérieur du Japon, mais on y voit des rakan fabriqués après le séisme de 2011 pour soulager la douleur des gens qui ont perdu un proche, parmi les fidèles d’un certain temple Fumonji, dans la préfecture d’Iwate. La vidéo explique même qu’une fidèle, en voyant pour la première fois l’expression douloureuse du rakan gravé dans la pierre à l’image de son père, a demandé au sculpteur d’apporter des retouches pour lui donner un air plus serein. On est loin, ici, des disciples de Siddhārtha Gautama.
Moutarde perplexe
Merci pour cet écrémage :=) Avant de lire ton billet j’avais en tête une sorte d’aide-mémoire disant : rakan = représentation tassée et jizō = représentation élancée, mais ça ne fonctionne visiblement pas d’après tes photos :=(
Et en passant, le raccourci Ctrl-F lance la lecture du diaporama, ce qui est assez perturbant quand on s’attend à ce qu’il lance le dialogue de recherche habituel. Je suppose que le responsable de ce comportement peu orthodoxe est encore un de tes scripts improbables ?
Béni
Aaaargh, c’est encore l’IA qui s’est amusée à prendre des décisions sans me demander mon avis. Ce n’est pas tout de lui demander ceci ou cela, il faut aussi préciser ce qu’elle n’a pas le droit de faire, et la liste des interdits imaginables et inimaginables peut être très longue…
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