Découvrir la rizière (7)

Dans le dernier billet, nous avons vu les premières étapes de la préparation des semences, jusqu’au trempage. Le trempage a pour but d’imprégner d’eau les graines de riz, pendant environ 7 jours à une température d’environ 15°C, puis de provoquer leur germination simultanée en élevant la température pendant environ 12 heures à 32°C. Les sacs de semences sont ensuite plongés dans l’eau froide (sous les 10°C) pour interrompre la germination.


Lancer la germination

Trempage

Pendant les sept jours de trempage, les semences vont faire l’objet d’une observation ponctuelle ( 定点観測 (ていてんかんそく) ) pour contrôler la température (de sorte à atteindre des températures quotidiennes cumulées de 100°C) et vérifier l’état de germination des graines. Dans la vidéo, pour le bac jaune l’exploitant additionne les températures de l’eau mesurées à intervalles de 24 heures, tandis qu’avec la machine AQUA-Shower, la température cumulative est indiquée sur l’afficheur.

L’AQUA-Shower est dotée d’un petit compartiment à graines qui permet de vérifier l’état du germe ou embryon ( 胚芽 (はいが) , la partie blanche de la graine) sans avoir à ouvrir les sacs filets.

Germination provoquée

Lorsque le cumul des degrés atteint 100°C et que les germes (embryons) ont bien blanchi, la température est élevée à 32 degrés pour provoquer la germination ( 催芽 (さいが) ) simultanée des graines. Sur la vidéo, l’exploitant passe du mode de trempage au mode de germination en appuyant sur le bouton jaune qui porte l’inscription « 催芽 » ; il va alors laisser les graines tremper dans cette eau chaude pendant environ 12 à 14 heures. Dans le cas du bac jaune, il explique qu’il va plutôt transférer les sacs dans une machine qui sert uniquement à la germination provoquée, afin de pouvoir simultanément commencer le trempage de nouveaux sacs dans ce bac.

Arrêt de la germination

Au bout d’environ 12 à 14 heures, le germe commence à percer la graine. C’est le stade ハトムネ (hatomune, littéralement « poitrine de pigeon »), où il faut tremper les graines dans l’eau froide pour interrompre la croissance ( 生育 (せいいく) ) du germe ( 芽止め (めどめ) ).

Pour que la croissance de son germe s’interrompe, la graine doit être plongée dans l’eau sous la barre des 10°C. Dans cette région montagneuse de Niigata, l’exploitant a pu utiliser de la neige pour refroidir l’eau du bac.

Au bout d’une heure ou deux, les graines sont prêtes pour un nouvel essorage et pour l’entreposage, en attendant leur mise en bac.


Balades du 3 et du 10 mars

Hier, nous sommes allés rouler dans le coin d’Ushiku (牛久市), en passant à travers quelques hameaux de la ville. Une petite balade d’environ 50 km du nord-ouest au sud-est, avec le vent dans le dos, parce que mon bipède se remettait d’un rhume attrapé le dimanche précédent dans une balade de Geo Pottering sous le thème de la fête des poupées ( 雛祭り (ひなまつり) ). Le compte rendu japonais de la balade, intitulée 真壁の雛まつりと筑波山梅林 (La fête des poupées à Makabe et les bosquets d’abricotiers au mont Tsukuba), se trouve ici.

La vidéo n’est pas encore disponible sur le compte rendu japonais, mais comme mon bipède a filmé quelques poupées à Makabe avec la caméra Go Pro, voici ce que ça a donné (j’ai collé tous les petits bouts ensemble, sans éditer). Certaines des poupées remontaient au début de l’ère Meiji (1868-1912).


Quant à la balade d’hier, j’en ai mis un bout sur Kinomap. Le fichier gpx complet de la balade, qui part de la gare Arakawaoki et se termine à la gare Sawara, se trouve ici. Comme c’est un fichier non édité, il comprend également les erreurs de navigation de mon bipède, ses virages ratés et un pénible détour provoqué par une route fermée (pour une fois c’était pas sa faute).

La semaine dernière, mon bipède a réglé par erreur la valeur d’exposition sur -1 sur la caméra GoPro, et ça a donné des images sombres malgré le ciel dégagé. Tous les bâtiments en bordure de la route semblaient plongés dans l’ombre. Hier, donc sur la vidéo ci-dessus, il a remis la valeur sur +1, ce qui a donné un bien meilleur résultat. Par contre, les nuages manquaient de définition. La prochaine fois, nous ferons un test avec +0,5, ça devrait être un bon compromis.

Il faut dire que nous sommes toujours en phase d’apprentissage et de cumul des gaffes. Avec de la chance, nous seront fin prêts pour le mois de mai et le vrai début, visuellement parlant, de la saison rizicole…


📝 Billet n° 167

Commentaires

(…)

Pot de moutarde

Pour en revenir au riz, je me suis longtemps demandé hier pourquoi les grains étaient triés en fonction de leur teneur en albumen, surtout avec un critère de sélection aussi rigoureusement absurde (60 kg de grains rejetés sur 216 kg… pas besoin d’être agriculteur pour se poser des questions sur le calibrage de la trieuse ou sur la pertinence d’un tel tri).

J’ai donc cherché ici et là s’il existait un rapport entre cette teneur en albumen et la qualité supposée du futur plant, mais n’ai rien trouvé. Je me suis donc dit qu’un grain avec moins d’albumen devait probablement sortir (germer) moins vite qu’un grain gonflé d’albumen, et que, donc, l’agriculteur les triait pour voir les plants sortir tous en même temps, au pas, en ordre, à la militaire, histoire que la troupe arrive groupée le jour R de la récolte. Mais puisque qu’il y a une étape de germination provoquée, ce raisonnement ne tient plus.

Bref, tout ça pour dire que si tu pousses cette série jusqu’au semis, je serais curieux de savoir combien de grains sont plantés ensemble (mis dans le même trou dans mon esprit naïf). Parce que si l’agriculteur ou sa machine en jette une poignée, l’intérêt du tri me paraîtra encore plus obscur…

Béni

Personnellement j’ai simplement conclu qu’un grain rempli d’albumen coulait forcément. Comme un oeuf qui aurait un gros jaune au lieu d’un oeuf malingre (faudrait tester, c’est une analogie très audacieuse). Ceci dit, pour les 60 kg rejetés, ça c’est juste pour la machine, qui fonctionne sûrement sur le principe du jet d’air : les graines légères s’envolent et prennent le chemin de la poubelle, les lourdes reste sur le bon chemin. Pour la quantité d’albumen, si je ne m’abuse c’est elle qui va déterminer la santé et la croissance de la graine une fois plantée, donc c’est important de garder seulement les graines bien remplies. On pourrait tout aussi bien provoquer la germination des graines pauvres en albumen en même temps que celles qui en sont riches, je pense, mais la différence se verrait au moment de la croissance du plant, une fois les graines mises en terre (prochain billet). Je vais pousser cette série jusqu’à la fin (récolte). Ton commentaire m’encourage d’ailleurs à le faire, parce que je trouve ça très intéressant et me disait que ça doit forcément en intéresser d’autres, quelque part sur la planète…

En te relisant, je suis un peu confus. On veut une germination simultanée, alors on la provoque, puis on l’arrête immédiatement. Laissés à elles-mêmes dans la nature (semées dans la rizière telles quelles), les graines n’auraient pas pu se mettre à germer en même temps, puisque l’état du sol peut varier d’une parcelle de rizière à l’autre.

Pot de moutarde

Pour la quantité d’albumen, si je ne m’abuse c’est elle qui va déterminer la santé et la croissance de la graine une fois plantée, donc c’est important de garder seulement les graines bien remplies.

C’est bien sur le rôle de l’albumen que je me posais des questions. Je le voyais comme la réserve de nourriture de l’embryon, le casse-croûte que la mère glisse dans le sac à dos de son enfant avant de le laisser partir. La taille du casse-croûte joue sans doute un rôle dans la croissance de l’enfant, mais peut-être pas au point de lui faire gagner plus de centimètres que le nombre inscrit dans ses gènes et dicté par eux.

Donc pourquoi rejeter les enfants qui ont un petit casse-croûte (pourquoi rejeter les graines qui ont une faible teneur en albumen) ? Qui sait s’ils ne deviendront pas grands et forts ? C’est la question que je me posais (et un tas d’autres à vrai dire, mais bon, tes billets favorisent ma croissance intellectuelle de toute façon, c’est bien là l’essentiel !) Quoi qu’il en soit merci pour ta réponse, pleine d’un bon sens agricole que visiblement je ne possède pas :=)

Béni

Je pense qu’il faut aussi tenir compte de l’expérience accumulée des riziculteurs depuis l’époque Yayoi 😉 et du fait que les vidéos sont celles d’une seule organisation (entité agricole, dirait le ministère)… il y en a d’autres types, et d’autres types d’équipements d’ailleurs, on s’en doute. Quant au bon sens agricole, je ne l’ai pas non plus et c’est justement pour mieux comprendre dans quoi je roule que je me suis lancé dans cette série sur le riz. 🍚 Pour l’albumen, j’ai tiré l’info d’un autre site, que je n’ai pas mentionnée, histoire de garder les billets légers.

Pot de moutarde

Apparemment il ne faut pas mettre de liens trop longs dans les commentaires, sinon ils débordent de la page ou sont tronqués, et on ne voit plus non plus une partie du commentaire :=(

Mais ne t’embête pas à remettre le lien en markdown, j’ai repéré sur le site de la bibli municipale un petit livre sur les graines (Le triomphe des graines, de Thor Hanson) qui devrait répondre à mes questions d’enfant, pour ne pas dire puériles °^O


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